vendredi 23 novembre 2007

Eloge funèbre de Pierre Pujo

Messeigneurs, Mesdames,
Chers compatriotes,
Il est des hommes dont il n’est point nécessaire d’attendre la mort pour qu’éclate en pleine lumière la noblesse de leur conduite, leur fidélité à eux-mêmes, leur opiniâtreté, leur rectitude. Non, Pierre Pujo, vous à qui je m’adresse à travers vos amis innombrables qui sont désormais les gardiens de votre esprit, nous n’avions pas besoin de ce chagrin dans lequel vous nous plongez aujourd’hui pour vous reconnaître comme ce que vous étiez, un grand homme.

“Etre grand, disait Shakespeare, c’est épouser une grande querelle”. Vous fûtes grand par cette querelle et vous le fûtes aussi par la constance avec laquelle vous l’avez servie depuis l’âge de quinze ans lorsque vous avez assisté à l’arrestation de votre père, Maurice Pujo, et que vous avez décidé ce jour là qu’un autre Pujo saisirait le flambeau. C’est de ce jour sans doute que vous êtes devenu un homme, au sens où un homme ne l’est vraiment que s’il reconnaît ce qui le dépasse, ce qui ordonnera toutes ses forces, et ce qu’il incarnera aux yeux des autres hommes.

Et certes la cause à laquelle vous avez sacrifié des jours et des jours et des années de votre vie, et jusqu’à votre santé même, cette cause est la plus noble qui soit : c’est celle de la France, de son unité, de sa souveraineté et finalement de sa grandeur, grandeur chrétienne, c’est à dire pour elle-même, pour les Français dispersés à travers la planète, jusqu’à Anjouan, mais par dessus tout pour le monde.

J’ai compris de quelle trempe vous étiez lorsque j’ai vu avec quelle constance vous entendiez servir la mémoire de Jeanne, quand vous organisiez, contre tant d’adversité, la fête nationale de Jeanne d’Arc à chaque mois de mai. Comme elle, vous saviez que le plus sûr moyen de sauver la France, de restaurer la légitimité de l’Etat et la souveraineté de la nation était de faire couronner son prince. Comme elle, vous vous employâtes à restaurer dans les coeurs le principe royal, jusqu’à Reims. Comme elle, vous avez voulu réunir autour des idées simples du Bien commun, de la Res Publica, un peuple qui sans cesse cherche à se réunir autour d’un Etat impartial.

Comme Jeanne, vous avez constamment veillé à l’unité nationale et vous le fîtes au-delà des déchirures innombrables que de malheureuses conjonctures, et finalement une providence qui fut avec vous fort sévère, vous a imposées au sortir de la guerre contre l’Allemagne puis au long de la cruelle guerre d’Algérie, et ce principe d’unité des Français, vous parvîntes à l’imposer toujours, au point même de rappeler, en retraçant dans un bel ouvrage les cinquante années d’Action Française, que celle-ci avait su jeter aux orties rancunes et rancoeurs au point d’appeler à voter Oui en 1958 lors du référendum par lequel de Gaulle proposa une nouvelle Constitution à la France, aussi imparfaite et inaccomplie que demeura cette Constitution, et tout en estimant, je vous cite, que « le régime républicain n’a pas résolu le problème des institutions françaises ».

Comme Jeanne, vous vous êtes battu jusqu’au bout, et quelquefois physiquement, tel un chevalier de son escouade, pour sauvegarder la souveraineté de la France, car vous saviez que c’était ce point majeur, la souveraineté nationale et populaire, qui, dans les terribles circonstances d’abandon que nous connaissons et qu’il faudra désormais affronter sans vous, demeure l’essentiel du combat de la France ; vous saviez que ce combat-là constituait le cœur, donc l’avenir du mouvement politique dont vous avez réussi à préserver les chances pour l’avenir, par votre lucidité, là où tant d’autres auraient failli.

Oui, Pierre, comme Jeanne, vous avez assuré le lien entre un âge d’or que vous n’avez pas connu et un autre âge d’or que vous ne connaîtrez pas. Mais cet âge d’or de la France recouvrant sa pleine souveraineté et rétablissant la légitimité incontestable de son chef, nous le connaîtrons un jour. A la fin de votre vie, vous avez assuré l’essentiel : vous avez veiller à la relève, à cette magnifique jeunesse d’Action Française qui est l’une des plus belles promesses de la France au XXIe siècle, et vous avez su assurer votre succession en désignant Thibaud Pierre, un homme jeune encore, mais déjà remarquable. Et vous avez aussi, quelques jours avant de mourir, résumé l’essentiel en donnant pour titre à votre dernier éditorial de l’Action Française cette exclamation magnifique : “Non, c’est toujours non !”. Cette phrase raisonne en nous avec toute la puissance de l’émotion qui nous étreint en ce jour tandis que nous pensons à vous et que nous vous pleurons. Soyez assuré que ce Non magnifique vibre dans nos coeurs et que, pensant à vous toujours, rien ne nous fera dévier de cet impérissable combat.

Oui, Pierre, vous fûtes comme Jeanne ; et vous voici à présent près d’elle, votre Jeanne, notre reine de France !

Paul-Marie Coûteaux,

le 16 novembre 2007
en l’Eglise de La Madeleine

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