jeudi 2 octobre 2008

La nation chez Adam Smith

Adam Smith a fait précéder sa théorie économique de son célèbre Essai sur la nature et les causes de la richesse des Nations (1776), par des travaux de philosophie morale, Théorie des sentiments moraux (1759).

Il emprunte aux stoïciens les deux idées selon lesquelles chacun à le devoir d'assurer d'abord sa propre survie et est mieux à même de le faire qu'aucun autre. En économie, cela aboutira à sa doctrine du libéralisme : il faut laisser chacun poursuivre ses propres buts et, ce faisant, chacun participera à la prospérité du tout. Cette intuition s'est révélée juste. L'économiste Friedrich Hayek, Prix Nobel d'économie 1972, a montré que le consommateur savait mieux que le planificateur ce qui était bon pour lui.

Mais cette économie de marché ne fonctionne que si préexiste un contexte culturel préalable : valeurs morales du travail, de l'épargne, du risque, de l'entreprise, de l'honnêteté. Sans ce cadre moral, les mécanismes ne peuvent donner la plénitude de leurs résultats, d'où les problèmes de nombreux pays sous-développés, dont l'armature culturelle est difficilement compatibles avec le fonctionnement d'une économie de marché.

Le raisonnement d'Adam Smith sur le rôle de chaque individu qui, en poursuivant ses objectifs propres, participe au bien général s'applique également aux nations. Adam Smith, dans sa Théorie des sentiments moraux, met le patriotisme au premier rang des valeurs civiques. Il condamne sans appel le cosmopolitisme. Il appartient à Dieu de se préoccuper de toute l'humanité. L'homme, ayant des lumières plus modestes, doit se préoccuper en priorité de ses proches, de sa famille et de sa nation. Pour Adam Smith, la nation est tout particulièrement importante dans l'ordre de la morale naturelle, car notre sécurité et notre prospérité dépendent directement de la sécurité et de la prospérité de la patrie. On ne peut être libre sous occupation étrangère.

Adam Smith précise bien : "Nous n'aimons pas notre pays seulement comme une part de l'humanité. Nous l'aimons en soi, indépendamment de ce genre de considération." Dans les relations internationales, Adam Smith estime que si chaque nation défend son propre intérêt, elle participera mieux à la prospérité du tout que si elle prétend gérer directement les intérêts de l'humanité. Adam Smith reproche aux hommes de système de vouloir diriger les hommes comme des pièces sur un jeu d'échec.

Les hommes comme les nations sont les mieux à même de savoir ce qui est bon pour eux ou pour elles.

Les cosmopolites, comme les planificateurs, ont le plus haut degré de l'arrogance. Car ils croient savoir ce qui est bon pour eux.

L'homme est naturellement attaché à sa famille et à sa nation. il faut donc le laisser en priorité s'occuper de ses enfants : il le fera mieux que l'Etat. Il faut aussi le laisser être patriote. C'est en aidant à la prospérité et à la sûreté de sa patrie qu'il aidera le plus sûrement l'humanité.

Adam Smith concevait les libertés comme émanant des traditions nationales et non d'un raisonnement en termes de droits absolus et abstraits.

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